Débats histoire

1789 – 2019, les mêmes doléances !

Il y a 230 ans, les Asniérois se réunissaient dans la salle du presbytère de la paroisse qui n’était encore qu’un village de 300 âmes. Objet de la rencontre, la rédaction du cahier de doléances demandé par le roi Louis XVI.

Fiscalité, pouvoir d’achat, santé, sécurité ont été les thématiques soulevées dans les centaines de réunions organisées dans le cadre du Grand débat national. Asnières n’a pas échappé à la règle et ces quatre sujets sont apparus au haut de la liste lors du débat local organisé par la municipalité, le 6 février dernier à l’Espace Concorde Delage. Pierre-Dieudonné Degueldre a dû se retourner dans sa tombe. Pensez ! Il y a 230 ans, le 14 avril 1789, une assemblée générale de la paroisse Asnières-Saint-Marcel se tenait dans la salle du presbytère avec pour mission de rédiger le cahier de doléances local en vue de l’assemblée des États généraux. Celui qui deviendra le premier maire d’Asnières (1790-1793), suite à la création des communes par l’Assemblée constituante quelques mois plus tard, fut l’un des rapporteurs des 19 articles qui constituèrent le cahier asniérois. Grâce au service des archives de la Ville, nous avons pu découvrir le contenu du document de 1789. Les préoccupations des habitants de l’époque et celles de ceux d’aujourd’hui sont quasiment les mêmes. Seul le vocabulaire change.

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Impôts et pouvoir d’achat

Les six premiers articles évoquent le règlement de la dette du Royaume autour de la fiscalité royale. On ne parle pas d’impôt sur le revenu, ni de l’ISF, mais déjà il est question d’une répartition équitable d’un impôt universel, avancée comme étant la solution « la plus aisée et la moins dispendieuse » pour remettre à flot les finances du Royaume. Les habitants d’Asnières-Saint-Marcel espèrent voir « ceux qui pratiquent le commerce (banquiers, entrepreneurs…) davantage imposés » sans pour autant « apporter des entraves au commerce ».

L’article 7 pointe le manque d’efficacité du prélèvement des impôts et de leur utilisation. Les Asniérois de 1789, proposant même de « supprimer tous ceux en grand nombre qui subsistent, au moins dans les tailles, capitation, traites et gabelles » au prétexte qu’ils ne termineraient pas forcément dans les caisses du roi « en comparaison de ce qu’ils coûtent aux sujets de Sa Majesté ». Les Asniérois de l’époque demandent dans l’article 10 une juste répartition de l’impôt selon les facultés de chaque contribuable, tout en dénonçant les monopoles « qui se forment dans les secteurs alimentaires et qui ne conduisent qu’à une augmentation des prix ». Pouvoir d’achat, quand tu nous tiens…

Déjà une sécurité sociale ?

Une autre préoccupation est abordée dans les doléances des Asniérois : les soins médicaux, considérés comme trop chers pour les malades puisque les médicaments, souvent importés, sont soumis à de lourdes taxes. Les rédacteurs du cahier réclamant une distribution gratuite des drogues d’apothicaire par les curés et chirurgiens à la campagne.

A noter par ailleurs que la sécurité fait aussi partie des sujets abordés, puisque les habitants de la paroisse Asnières-Saint-Marcel déplorent qu’il n’y ait « aucune police dans beaucoup de paroisses, bourgs et villages, et même dans la plupart des villes. » D’autres plaintes plus surprenantes évoquent les dégâts causés sur les récoltes par les gibiers destinés à la chasse royale. Surprenant ! Louis XVI ne venait jamais chasser à Asnières.

 

Sources : Archives parlementaires de 1787 à 1860. Première série, 1787 à 1789. Tome quatrième, États généraux, cahiers des sénéchaussées et baillages.